Le premier brouillon est mental

Je ne commence pas toujours une œuvre avec un crayon.

Le premier brouillon est souvent mental.

Une composition apparaît de manière plus ou moins précise. Je la garde en mémoire, j’y reviens, je déplace des éléments, j’imagine une lumière ou une couleur. Elle peut évoluer pendant plusieurs jours, semaines, parfois années, avant que je commence réellement à la construire.

Certaines œuvres naissent d’une image très précise. D’autres commencent seulement par une sensation, un titre ou quelques mots.

« Le processus de création commence souvent bien avant le support. »
Outils de dessin utilisés dans l’atelier RealEsthetics : pierre noire, craie blanche et matériel de travail
Détail d’une œuvre en cours mêlant portrait, contraste, matière et recherche surréaliste

Chercher, tester, projeter

Une fois l’idée suffisamment présente, commence une période de recherche.

Je rassemble des images, je photographie, je dessine, je griffonne, je découpe, j’assemble et j’utilise aussi différents outils numériques pour tester des compositions ou rendre plus visible une partie encore floue de mon idée.

Ces outils ne constituent pas l’œuvre.

Ils servent à voir.

À essayer un cadrage, rapprocher deux éléments, modifier une lumière, isoler un détail ou simplement vérifier si l’image que j’avais en tête fonctionne réellement une fois sortie de mon imagination.

Certaines pistes sont abandonnées immédiatement. D’autres déclenchent une nouvelle idée et font évoluer complètement le projet.

Main de Jérémy Morin dessinant les détails d’une œuvre colorée

Tester jusqu’à trouver

Je passe volontiers d’une technique à une autre.

J’achète, je teste, je compare et parfois je recommence.

Le choix du support, du grain du papier, de la couleur, du médium ou du format peut complètement modifier une idée.

Graphite, pierre noire, fusain, crayon blanc, pastel, couleur, acrylique ou collage n’ont ni les mêmes contraintes ni la même présence.

Je ne cherche donc pas à appliquer une recette identique à chaque création.

« La technique doit servir l’œuvre, pas l’inverse. »

Le titre et le texte participent eux aussi au processus. Une œuvre peut naître d’un titre déjà présent dans mon esprit, comme elle peut rester sans nom jusqu’au moment où elle est totalement terminée.

Des techniques qui ne pardonnent pas toujours

Certaines techniques imposent une manière de travailler très différente.

Avec la pierre noire, le fusain et le crayon blanc, les possibilités de correction peuvent devenir extrêmement limitées dans ma façon de travailler.

Une zone trop sombre, un blanc posé au mauvais endroit ou un trait trop appuyé ne disparaissent pas toujours.

Le geste devient alors beaucoup plus engagé.

Cette contrainte participe aussi à l’intensité que j’aime dans le noir et blanc : noirs profonds, blancs francs, matière du papier et contrastes très directs.

« Plus la technique pardonne peu, plus chaque décision compte. »

Détailler sans se perdre

L’hyperréalisme m’a appris à voir le détail.

Aujourd’hui, j’essaie aussi d’apprendre où il est réellement nécessaire.

Je continue à chercher la précision dans un regard, une texture, une matière ou une lumière lorsque l’œuvre le demande.

Mais je cherche également à travailler plus efficacement, à accélérer certaines étapes et à accepter qu’une zone plus simple puisse parfois renforcer une zone extrêmement détaillée.

Ce n’est pas abandonner l’exigence.

« C’est décider où elle doit se concentrer. »

Je veux pouvoir faire sortir davantage des images que j’ai en tête sans passer des mois à vouloir rendre chaque centimètre parfait.

L’œuvre peut encore changer

La préparation peut être poussée très loin, mais le support finit toujours par imposer quelque chose.

Une matière réagit différemment. Une couleur prend plus de place que prévu. Une composition demande d’être simplifiée. Un accident ouvre parfois une meilleure direction.

Je laisse désormais davantage de place à ces changements.

« Le projet initial reste une direction, pas un contrat. »

Cette liberté devient de plus en plus importante dans mon travail et accompagne naturellement mon envie de produire des œuvres plus grandes, plus hybrides et plus ambitieuses.